J’avais oublié la couleur de l’angoisse,

la vraie.

L’angoisse c’est blanc. Et sec.

Surtout la nuit.

*

Ma chambre ne m’a jamais parue si petite et si grande à la fois.

J’arrive à me noyer dans un verre d’eau.

*

Vu d’ici

de la colline

rien ne semble avoir changé dans la plaine :

la zone industrielle est à sa place,

le village est sa place,

les cloches sonnent aux heures prévues.

Tout est identique.

Voir un peu plus abouti dans sa forme.

*

Je voudrais écrire quelque chose de grand. A la hauteur de la situation.

Quelque chose d’intelligent, de profondément vécu et sensible.

Une intuition juste pour un moment unique.

Mais au cœur de l’angoisse, il n’ y a rien

– juste deux, trois mots qui pataugent à la surface.

*

4 murs entre 4 murs entre 4 murs entre 4 murs…

Cela simplifie considérablement les cours de géométrie.

*

J ‘ai redécouvert le goût amer du Lexomil.

*

Cette catastrophe a quelque chose de kitch. Elle semble presque un peu ratée. Pas de course poursuites, pas d’explosion, pas de nuages oranges boursouflés qui s’engouffrent dans les rues.

Elle a quelque chose de lent, de rampant, d’immobile.

Elle semble faire durer,

juste pour le kiffe.

*

Chacun être humain est un ennemi potentiel,

même à 1 mètre 50 de distance.

Évidemment.

*

Quand il s’agit du lyrisme de la guerre,

les dirigeants ont le phrasé des poètes antiques

et l’oeil pervers des tueurs-en-série.

*

Pourquoi s’embarrasser du corps,

du visqueux des organes rafistolés entre deux bouts de chair

quand l’essentiel peut être contenu dans le virtuel.

*

Aujourd’hui le printemps a disparu.

Des flocons de neige poisseux cornent les arbres.

Ils viennent se vautrer dans les premiers

bosquets clairsemés d’herbe fraîche.

Le ciel est dur comme de la pierre.

Tout est un plus cohérent aujourd’hui.

*

Les points cardinaux sont abolis.

La direction est : dedans.

*

La place est vide. Un pigeon arrogant fait de allés-retours devant la grille du cinéma.

Je fais la queue au bureau de tabac derrière un type

– il a un masque blanc et des gants bleus.

 

Je repense au poème de Fernando Pessoa Le Bureau de Tabac

qu’il écrit depuis la fenêtre de sa chambre :

« vous donnez sur le mystère d’une rue au va-et-vient continuel,

sur une rue inaccessible à toutes les pensées […] »

J’amortis la chute

                                             dans les zones confinées du silence de la place.

*

Le terrier a dépassé le supermarché :

nouveau biotope triomphant de l’espèce.

*

Un nouveau jour se lève au goût de farine.

Il faut absolument que j’arrive me rendormir…

*

Depuis quelques heures nous sommes près de 3 milliards d’être humaines à être confinés…

C’est dingue… on aura même réussi à faire de l’angoisse un produit manufacturé!

*

Le présent s’est dissolu dans le Présent.

Il n’y a qu’à lire les journaux.

*

Mes rêves ont changés :

ils sont plus étroits, plus simples, tâchés de zones plus clairs

ils explorent de minuscules fissures sur d’immenses falaises de roches où coulent des filets d’eau sans importance :

ils sont plus proches de la réalité.

*

Depuis que ça

a commencé,

j’ai l’impression d’écrire

sans aucune trace d’affect.

J’écris

depuis la vie nue

j’aligne des mots comme

des additions

sur une calculette

– les résultats sont mécaniques.

One Comment

  1. Fançoise Jacques .

    Ce qui prédomine, c’est ce sentiment d’irréalité,surtout quand on vit dans une région peu contaminée; l’écart entre la catastrophe mise en scène et en chiffres sur les écrans, et cette vie qui continue, biologique, encore un peu humaine, vis à vis de quel autre ?
    La sympathie s’émousse à ne fréquenter que soi-même, et les mots se décolorent à ne les employer qu’à l’intérieur de soi .
    Donc, merci, kapust, d’essayer de dire .

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