Mesure

C’est le soir
rien ne s’agite
rien ne se calme
tout se prépare au lendemain
comme à la veille du jour d’après.
Nous sommes seulement
au cinquième jour de la mesure de confinement.

Nous.
Un nous fait d’attente et d’absence.
Un nous qui regarde par les fenêtres
cherche son reflet à soi dans les glaces
du vis-à-vis et du palais des balcons.
Un nous formé par la somme de nos isolements
tenant ensemble à force de béton
et de symbole de la nation.

Nous qui sommes battus par la mesure…
La victoire d’un jour passé
suscite les applaudissements désespérés
d’un nous à la virtuosité planquée.
Dans une tentative de dire merci
à celles qui
continuent de vivre et de faire vivre en êtres humains
nous les zombies, lançons des grognements ravis
au ciel anonyme, c’est-à-dire à internet et aux voisins

Ignorant que la distance est notre infection
nous saluons à heure fixe
ce qui échappe à nos émotions réflexes :
cinq minutes de refuge dans l’imagination
d’un héroïsme par procuration
voilà qui suffit à donner une forme heureuse
à nos existences liquides et contenues.

Le compte-à-rebours continue
égrainant un désert de plus en plus grand.
Notre attention est toute entière aux compteurs fous
qui nous racomptent le monde
en chiffres démesurés
tandis que le mal qui nous tue
se propage sans mots dits
dans l’infini de la mesure.