Chacun·e chez soi, Dieu pour tous.

Dieu ou l’État ou le médecin.

Les télécommunications ont gagné. Pourquoi se voir en vrai, quand on peut se voir de manière safe sur Skype ; et quand on peut donner ses cours à distance, plus de chahut ! Les bon·ne·s élèves vont enfin pouvoir travailler dans le calme !

La caserne est victorieuse. Nos corps prisonniers.

École-caserne, hôpital-caserne, foyer-caserne, cyber-caserne, ville-caserne, pensée-caserne… monde-caserne. Rien de nouveau. Juste un saut qualitatif.

Il paraît que « nous sommes en guerre ».

La France en guerre nous la subissons à basse ou haute intensité, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières. Rien de nouveau là aussi.

La solitude libérale montre son visage dictatoriale.

On ferme les plages, les parcs, les espaces naturels.

Se faire contaminer à Lidl, dans le métro en allant bosser c’est ok, mais pas la voiture ou le train pour aller en forêt !! Oulala ! Ne croyez pas que vous êtes en vacances. Bordel !

Vous allez le payez. De toute façon tout se paie. Même la mort.

La police a toute la légitimité pour broyer celles et ceux qui remettent en cause le monde-caserne : dans les cités, dans les prisons, dans les foyers de l’ASE, dans les camps improvisés.

La vie vaut bien la dictature. Et la liberté, la prison.

Il y a en qui fuient dans leur maison de campagne. Et si on occupait leurs hôtels particuliers des centres villes, leurs appartements avec terrasses, leur loft et si on permettait à nos ami·e·s des villes la possibilité d’une villégiature à la montagne. La tentation est forte. La peur de la répression encore plus. Alors on joue à chat, ce jeu intemporel, sûrement l’un des meilleurs. Un jeu qui se base sur la peur du contact, un jeu anti-confinement. Quand j’étais petit, on jouait au SIDA, les enfants d’aujourd’hui joueront au Corona.

Bandes d’irresponsables ! La vie n’est pas un jeu ! Vous ne pensez qu’à vos gueules, bandes de valides ! Quand la lutte contre les oppressions est utilisée des fins répressives, au contrôle de tou·te·s, qu’est-ce qu’il va bien nous rester comme armes critiques ?

Restez-chez vous, laissez vos ami·e·s crever seul·e·s au milieu de plein d’autres solitudes, dans la rue, dans les hôpitaux, dans les HP, dans les Ehpad. Ayez confiance, c’est avec une joie toute patriotique que l’on meurt au milieu de nos glorieux soignant·e·s.

Et puis, continuez d’aller voter, vive la démocratie, « bravo à vous les gars ! » ; allez bosser il faut maintenir l’économie, on va d’ailleurs vous sucrez les congés payés. On vous avait dit que c’était pas des vacances, bandes de fainéant·e·s indiscipliné·e·s !

S’organiser ? Oulala ! La solidarité c’est #restezchezvousbordel !

Les enfants se font maraves, les femmes se font maraves, les galérien·ne·s se font maraves. Et pour que ça se passe dans le silence, on va vous mettre un petit couvre-feu.

Ah, vous aimez ça l’autorité ? Vous en voulez encore ? On peut vous en donnez du grand spectacle pour que vous ne vous ennuyez pas trop sur Tweeter ou BFM.

Socialisme ou barbarie, qui disaient les ancien·ne·s.

P’t’être bien qu’ils avaient pas tort.

En tout cas, c’est impossible pour moi de ne pas voir mes privilèges d’habitants du péri-urbain d’une ville moyenne des Alpes Le confinement c’est tranquille, on peut se balader, lire, regarder des films sur le vidéo-projecteurs, passer des coups de fil, faire des réunionsen visio-conférence, il n’y a pas mes enfants qui me mangent la tête, et puis pour le travail après dix ans de RSA, pour l’instant aucune angoisse… La vie de chômeur habituelle, mais sans les manif’, les bars, le dojo et les sorties en ski de randonnée. Faut aussi éviter les flics sur les routes, mais ça c’est pareil, c’est une vieille habitude.

Mais y a pas moyen, de se laisser enliser là-dedans, de laisser les murs vides, la parole et la solidarité confinée et surveillée entre des 0 et des 1. De ne pas commencer tout de suite à recroiser des ami·e·s, quelques-un·e·s, à ne pas se laisser isoler, parce que tout le monde n’a pas internet, parce que tout mon corps me dit qu’il ne faut pas laisser s’installer cette dictature « temporaire ».

Alors ouais, il n’y pas moyen de se laisser manger le cerveau, de ne pas continuer à penser, à proposer d’autres manières de s’organiser, de tisser du lien, d’être solidaire, de penser à partir de nos pratiques. Il s’agit juste de ne pas abandonner la pratique et même si c’est complexe pour l’instant de trouver l’équilibre entre notre responsabilité de ne pas propager le virus, la peur de la police et notre responsabilité de propager des formes de résistances pour préparer l’instant et ces suites. Mais agir dans la complexité, on connaît, non ?

Le 21 mars 2020

4 Comments

  1. Ian

    Salut à toi, vous…

    Merci merci pour ce texte, ces mots-maux, réflexions et ouvertures, j’en remplis mes pensées et réflexions…
    Mon 1° coup de blues post Corona me fait sentir un second souffle!

    Ian

Comments are closed.